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Copiepresse voudrait bien utiliser la neutralité du web à son seul profit.

Mots-clés : Participation, Ethique, Contenu, Travail en réseau, Article

Le 5 mai 2011, Google perdait son proçès en appel contre Copiepresse. Le 15 juillet 2011, la firme américaine désindexait les journaux membres de Copiepresse. Et le 16 juillet, ce dernier criait via ses quotidiens "à la neutralité du web bafouée". Regardons les choses d’un peu plus près ...

Qui est Copiepresse ?

Nous avons affaire en Belgique à un lobby d’éditeurs particulièrement dur : Copiepresse

Sur leur ancien site, on trouve divers documents qui mettent en évidence l’appétit pour le moins vorace de cette société d’éditeurs. En voici deux exemple :

1) Dans la mini charte téléchargeable sur cette page, on peut lire rien de moins que ceci :

"EXCÈS DE COPIE ?
...
Dans quels cas faut-il une autorisation ?
...
- pour établir un lien vers un article sur le site d’un éditeur ;
"

Et le journal Le Soir de se revendiquer de la neutralité du web ! "Google bafoue la neutralité du Net" http://www.lesoir.be/debats/editos/.... Quelqu’un peut-il expliquer ce qu’il restera de neutralité dans le web, si il faut une autorisation pour créer un lien ?

L’équipe de Cassiopea avait déjà attiré l’attention sur ces dangereuses dérives dans cet article paru en février 2003 "Menace mercantile sur la liberté de créer des liens : L’Internet en danger ?". L’article remet en cause le site de la STIB (Société des Transport Intercommunaux Bruxellois), car à cette époque, on trouvait cet avertissement sur la page d’accueil :
"AVERTISSEMENT : Tout utilisateur ou visiteur s’interdit d’établir, à partir de tout autre site, un lien vers le présent site, en ce compris l’une de ses pages secondaires, sans le consentement exprès de la Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles. Cette interdiction s’applique à toute forme ou technique de lien par lequel le nom, l’adresse ou tout autre élément (notamment les images, logos, animations, textes, boutons, ...) ou partie d’élément figurant sur l’une des pages du site, est affiché sur l’une des pages d’un autre site, ou par lequel l’internaute est, à partir de cet autre site, renvoyé, de quelque manière que ce soit, sur le présent site."
Précisons que cela a changé, nous ne pouvons qu’en féliciter l’entreprise. Finalement, c’était aussi une contre publicité pour une entreprise de transport public.

2) On trouve également sur cette page, le texte téléchargeable d’une
"Audition du 29 janvier 2003 de la Commission des Finances et des Affaires économiques du Sénat : présentation de la position des éditeurs de presse écrite par Philippe Nothomb, Juriste de Rossel et Cie et Président de la commission Legal affairs commune aux quatre associations d’éditeurs de presse écrite."

On y lit ceci, à propos des droits d’auteurs des journalistes indépendants :
p.5 :
"Le journaliste : auteur, mais pas écrivain
Le journaliste est un auteur différent de l’écrivain. Les revenus de l’écrivain dépendent du succès de ses œuvres, ce qui n’est pas le cas du journaliste payé en tant que salarié ou prestataire indépendant. En outre, le public achète le livre d’un écrivain alors qu’il recherche un titre de presse et non l’article d’un journaliste particulier.

La loi sur le droit d’auteur a donné l’impression à certains journalistes qu’ils pouvaient exploiter eux-mêmes leurs articles. Toutefois, comme ils ne peuvent utiliser à leur profit la marque de la publication d’origine, leurs œuvres perdent quasiment toute valeur commerciale. De telles pratiques créent en outre, vis-à-vis des utilisateurs, une confusion préjudiciable à l’ensemble du secteur."

et p.6 :
"En matière d’édition électronique, le marché exige l’accès à une publication exhaustive. Le refus de quelques journalistes salariés de céder leurs droits empêche une telle exploitation. Ceci est en outre totalement inutile puisque la législation sociale leur interdit de concurrencer leur propre employeur. Le fait que les journalistes indépendants conservent une exclusivité sur leurs contributions aboutit au même résultat."

Qui sont les membres de Copiepresse [1] ?

  •  La Dernière Heure / Les Sports
  •  La Libre Belgique
  •  Le Soir
  •  Le groupe régional des éditions de l’Avenir : Vers L’Avenir (Namur, Basse-Sambre, Entre-Sambre-et-Meuse, Brabant wallon), L’Avenir du Luxembourg, Le Courrier de l’Escaut, Le Courrier, Le jour (Huy-Waremme, Verviers)
  •  Le groupe régional Sudpresse : La Meuse, La Nouvele Gazette, La Capitale, Le Quotidien de Namur, La Province, Nord Eclair
  •  L’Echo
  •  Grenz-Echo

    L’affaire Google / Copiepresse

    Maintenant qu’on voit déjà un peu qui est Copiepresse, voyons un peu cette affaire : Copiepresse reproche à Google deux choses, "Google news" et la mise en cache des articles.

    1) Google news : "Elle (ndlr : Copiepresse) considère que le service « Google News » reproduit sans autorisation une partie significative des articles publiés par ses membres sur leurs sites respectifs" (voir le jugement rendu par la 9ème chambre de la cour d’appel de Bruxelles, rendu le 5 mai 2011 et disponible sur le site de Copiepresse).

    Remarquablement synthétisé, dans cette image réalisée par Mr Antoine Nélisse [2],

    De quoi se plaignent les quotidiens belges

    Neutralité du web, vous avez dit neutralité du web ?

    2) Copiepresse considère qu’en mettant les pages en cache [3], google viole le droit d’auteur, car c’est alors l’entièreté de l’information qui est sauvegardée. Mais cette copie ne sert en général que lorsque la page originale est indisponible. Ce qui nous paraît non seulement à l’avantage du lecteur, mais du journal lui-même qui ne voit pas son information devenir indisponible pour un souci technique. Egalement, cela est nécessaire techniquement pour analyser la pertinence de la page par rapport aux requêtes, et donc favorise l’accès des lecteurs aux différents articles des journaux et préserve donc cette fameuse neutralité du web défendue par l’algorithme de page ranking de Google.

    Le jugement dit ceci :
    "Condamne Google à retirer des sites Google.be et Google.com, plus particulièrement des liens « en cache » visibles sur « Google web » et du service de « Google News » tous les articles, photographies et représentations graphiques des éditeurs belges de presse quotidienne francophone et germanophone, représentée par Copiepresse, et des auteurs dont SAJ et Assucopie justifieront qu’elles détiennent les droits, sous peine d’une astreinte de 25.000, 00 euros par jour de retard, sauf en ce qui concerne le quotidien L’Echo pour le seul service « Google News »." [4]

    Eh bien, c’est ce que Google a fait en supprimant l’indexation, non ?

    La réindexation, mais pas la rédemption

    La firme américaine a maintenant accepté de ré-indexer les journaux membres de Copiepresse, ayant obtenu de ce dernier, "l’assurance de pouvoir inclure à nouveau leurs sites" dans l’index de son moteur de recherche "sans devoir appliquer les pénalités ordonnées par la justice" [5]. Bien entendu, cela n’empêche pas l’arroseur arrosé Copiepresse de maintenir une extrême arrogance hors de propos, «  qualifiant l’action de Google d’"inutile, idiote" et relevant de la "malhonnêteté intellectuelle"  », ajoutant que « Lorsque l’on (ndlr : Google) est devenu dans les faits le plus grand organisateur des savoirs sur le web, on a une responsabilité considérable dans le traitement juste des créateurs de contenus » [6].

    Rappelons tout de même à Copiepresse que les internautes sont de très grands fournisseurs de contenu sur le web [7], et sans doute les principaux. Et à ce propos, les grands frères de Copiepresse (et fort probablement Copiepresse y adhère-t-il, ça serait logique) prépare via l’Europe une autre belle attaque contre la neutralité du web :
    "Il s’agirait de faire payer aux plus gros sites consommateurs de bande passante le prix des infrastructures réseau financées jusqu’à présent par les abonnés à Internet. Ceux qui acceptent de payer la dîme aux FAI pourraient alors avoir un accès privilégié aux abonnés, tandis que ceux qui refusent subiront les fluctuations de bande passante, réelles ou provoquées." [8]. La Commission fut bien vite suivie par les grands patrons des Télécom, dont le le groupe de pilotage [9] conclut que l’Europe «  "doit encourager la différenciation en matière de gestion du trafic pour promouvoir l’innovation et les nouveaux services, et répondre à la demande de niveaux de qualité différents" » [10].

    Autrement dit, un Internet à plusieurs vitesses, permettant un accès sans bridage à ceux qui veulent bien payer plus. Bien sur, est oublié que les Internautes financent les réseaux en payant leur accès à Internet et qu’ils seront aussi les premiers lésés par ces mesures, alors même (comme nous le disions plus haut) qu’ils sont de loin les principaux fournisseurs de contenu sur le web ! Vous avez dit Neutralité du web ou enterrement de la neutralité ? Et, d’ailleurs, pas seulement de la neutralité ! C’est la fin de l’Internet tout court. La fin d’un outil de partage libre, égal et fraternel pour l’avènement d’un nouvel "ordre" virtuel à la botte de quelques prédateurs, qui passaient par là et découvrent tout à coup un nouveau champ à conquérir qu’ils ne connaissaient pas, et encore moins maitrisaient.

    Il y a des inégalités d’accès à Internet. On appelle cela le fossé numérique. L’idée générale était de tenter de corriger ces inégalités. Mais qu’à cela ne tienne, la nouvelle idée sera d’en rajouter ; vous reprendrez bien un peu de fracture numérique ?

    Dans toute cette affaire, dans la presse Copiepressée, le discours fut tristement uniforme, qui reprenait la voix de leur maître. Bien sur, personne ne parle non plus du projet d’Internet à plusieurs vitesses de la Commission européenne. Nous avons cependant remarqué une voix dissonante dans cette bergerie dominante : Cet article paru dans Le Vif
    "Google vs Copiepresse : et si les éditeurs se trompaient de combat ?"
    Ca méritait d’être signalé. Bien entendu, Le Vif n’est pas membre de Copiepresse, ça vous étonne ? ;)

    Finalement, ce que veut Copiepresse, c’est profiter d’une publicité gratuite dans le travail des autres, mais sans rien donner en échange. Et c’est, de notre point de vue, le fond du problème. Le web, c’est le peer to peer, le partage. Je te donne et tu me donnes. Il n’y a pas de place pour les profiteurs dans une cette forme d’organisation sociale. Ils vont contre l’histoire qu’une large majorité de la communauté Internet tente de construire.

    Parce qu’un réseau qui n’aurait pas pour finalité de créer des liens entre les hommes ne pourrait être qu’un filet les emprisonnant.


    Droits d’auteur : Vous êtes autorisé, et même encouragé, à copier, diffuser, reproduire cet article, dans vos news ou dans vos caches, sur vos blogs, bref où vous voulez, sous licence Open Content, c-à-d en ne le transformant pas et en signalant la source http://www.e-solidaire.net/spip.php....

    NB : Les forums de ce site sont sous modération. Il ne s’agit en aucun cas de censurer, mais seulement d’éviter les contenus malveillants.


    [2Mr Nélisse nous a autorisé à utiliser cette image pour illustrer notre article, nous l’en remercions. Il nous a dit de considérer le document sous licence Open Content. Si à votre tour vous l’utilisez, vous devez donc signaler le nom de l’auteur et un lien vers son profil public sur Google+ http://plus.tl/antoinenelisse.

    [3"Lorsque Google explore le Web, il crée une copie de chaque page examinée et la stocke dans une mémoire cache, ce qui permet de consulter cette copie à tout moment, et en particulier dans le cas où la page originale (ou Internet) serait inaccessible. Lorsque vous cliquez sur le lien « Copie cachée » d’une page Web, Google affiche celle-ci dans l’état où elle se trouvait lors de son indexation la plus récente. Par ailleurs, le contenu caché est celui sur lequel se base Google pour déterminer si une page est pertinente pour vos requêtes.

    Lorsqu’une page cachée est affichée, elle est précédée d’un en-tête encadré qui rappelle qu’il s’agit de la copie cachée de la page et non de la page originale, et qui cite les termes de la requête ayant entraîné son inclusion dans les résultats de recherche"
    [http://www.google.com/intl/fr/help/features_list.html]

    [4Pourquoi "sauf en ce qui concerne le quotidien L’Echo pour le seul service « Google News »." ? Bizarre.

    [5[http://www.rtbf.be/info/medias/detail_google-referencera-a-nouveau-les-sites-de-quotidiens-francophones?id=6473393]. Notez aussi, qu’à ce stade, on peut légitimement se demander à quoi a bien pu servir le procès ?

    [6ibid.

    [7Pensez aux sites personnels ou collaboratifs, aux blogs, aux réseaux sociaux, aux plateformes de partage de contenus vidéos, musiques, écrits, aux forums, aux listes de discussion, de diffusion, aux sites de production communautaire, etc.

    [9composé par Jean-Bernard Lévy de Vivendi, Ben Verwaayen d’Alcatel-Lucent, et René Obermann de Deutsche Telekom

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    Il y a 1 sujet(s) et un total de 1 contribution(s) dans ce forum.

  • Le forum de Copiepresse voudrait bien utiliser la neutralité du web à son seul profit.

    Copiepresse voudrait bien utiliser la neutralité du web à son seul profit.

    23 juillet 2011, par A+lain L

    Bonjour à Robert et aux autres,
    à 100 % d’accord avec cet article, la réaction "scandalisée" du Soir m’avait semblé énorme vu les clauses qu’eux-mêmes imposent sur leur propres produits. J’aime quand les capitalistes se bouffent entre eux, ou du moins voir les enjeux des uns et des autres !
    bonne route à vous
    a+lain L.


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